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Exposition aux écrans, on en est où ?

enfant fasciné par l'écran

Il y a une trentaine d’années le seul écran présent dans notre quotidien, c’était la télévision.

Puis les consoles de jeux sont arrivées, l’ordinateur et maintenant les smartphones, et les tablettes.

En tant qu’adultes, nous passons en moyenne 5h07 par jour devant les écrans, contre 3h10 il y a 10 ans. Un adulte consulte en moyenne son téléphone 221 fois par jour.

Le temps passé ensemble en famille a largement augmenté mais la qualité de ces moments n’est pas toujours là. Une chercheuse du MIT, Sherry Turkle, qualifie ces moment par le concept de « seul ensemble » : des moments de coprésence mais où chacun est pris dans une activité individuelle.

Et les réseaux sociaux y sont pour beaucoup. On pense souvent que ce sont les enfants ou  les adolescents qui sont le plus « accros », mais ce n’est pas le cas : pendant les repas les adultes consultent leur téléphone deux fois plus que leurs enfants.

Les écrans et les enfants :

Votre enfant s’impatiente dans la queue du supermarché. Alors innocemment, vous lui tendez votre téléphone pour qu’il s’occupe. Est-ce vraiment une bonne idée ?

De nombreuses études montrent l’impact des écrans sur les enfants : acquisition du langage ralentie, attention et concentration défaillants, etc. En 97/98, Linda Pagani, Professeur de l’Ecole de psycho-éducation de Montréal, a commencé une étude évaluant l’impact de la télé sur les enfants. Durant cette étude, chaque parent devait noter le temps quotidien passé devant la télé. En 2010, l’étude a montré que ceux qui passaient plus d’une heure à l’âge de débuter la marche, présentaient des retard de développement par rapport aux autres enfants qui passaient moins d’une heure. (1)

Quel impact pour les petits enfants?

En 2016, Linda Pagani s’intéresse aux compétences sociales d’enfants ayant passé plus d’une heure devant les écrans avant l’âge de 2 ans. Au moment du bilan, les enfants ont alors 1 ans. Les conclusions montrent que les enfants qui ont passé plus d’une heure par jour devant les écrans avaient tous des points communs :

  • difficultés relationnelles,
  • comportement agressif et antisocial,
  • isolement social,

A 2 ans, l’enfant apprend à créer sa capacité émotionnelle d’empathie grâce au visage des autres. Si son temps de veille (déjà limité) est passé devant les écrans, il ne sait pas le faire. Il manque d’expérience cognitive pour construire des compétences de partage, d’appréciation et de respects des autres. D’où les difficultés relationnelles qu’il développera ensuite à l’âge adolescent, puis adulte.

Ce n’est pas tant l’exposition des adolescents aux multiples écrans qui est dramatique, mais l’exposition des enfants en bas âge. Certains enfants sont laissés seuls devant la télé. Et cela parfois plusieurs heures par jour. D’autres ont accès à des tablettes, pour de multiples jeux, ou dessins animés, autant de temps d’écran supplémentaire, qui va diminuer leur développement relationnel et émotionnel.

L’impact des écrans n’est pas le même pour tous les âges. Et surtout, il ne signifie pas forcément un isolement social : de nombreux enfants et adolescents prennent beaucoup de plaisir à faire des activités, lire, partager des moments avec leur famille et leurs amis. Ils aiment les écrans, mais ils aiment aussi les moments de partage et de lien.

Impact de l’exposition aux écrans, selon l’âge :

Pour les adultes, ceux qui passent beaucoup de temps sur les écrans, que ce soit la télé, l’ordinateur, le téléphone, éprouvent plus de difficultés au niveau de l’investissement professionnel et de la qualité de vie familiale.

Pour les adolescents, l’exposition aux écrans impactera leur résultats scolaires. Mais aussi leur sommeil. Avoir de moins bons résultats scolaires, ou mal dormir, aura forcément un impact sur le long terme. Ces adolescents éprouvent aussi souvent des difficultés à se concentrer, et à acquérir des apprentissages.

Pour les jeunes enfants, ce sont les apprentissages cognitifs et relationnels qui sont lésés. Et cela implique parfois des impacts importants sur le développement psychomoteur et les compétences sociales. Et comme mentionné dans l’étude de Linda Pagani, plus un enfant est exposé tôt aux écrans, plus cela aura de conséquences sur son développement.

Un enfant apprend en utilisant ses 5 sens, ce que les écrans ne proposent pas. Avec un écran, l’enfant exploite uniquement les compétences visuelles et auditives. Aujourd’hui, on sait qu’entre 18 et 24 mois, le cerveau va procéder à un élagage synaptique. Cet élagage va supprimer les connexions neuronales non utilisées. Si votre enfant ne se sert pas d’une partie de ses capacité motrice ou sensorielles, celles-ci vont se détruire. Et avec le temps, il aura énormément de mal à les réactiver. Pour les enfants sur stimulés par les écrans, ils ne vont pas acquérir la motricité fine, la communication.

Et vous, où en êtes-vous pour votre exposition aux écrans ?

Quelques règles :

  • Aucun écran avant 3 ans : c’est à ce moment-là que l’enfant construit sa relation aux autres, développe sa motricité et son langage. Pas d’écran allumé dans la pièce lorsque l’enfant y est : cela va attirer son attention et la vôtre, et vous empêche d’être en lien.
  • Entre 4 et 6 ans : un temps limité, soit 1 heure par semaine et par année d’âge (= 4 heures par semaine pour un enfant de 4 ans). Il est aussi indispensable de choisir les programmes pour veiller qu’ils soient adaptés et de rester toujours près de son enfant pendant ces temps d’écran.
  • Après 6 ans : avec précaution. Pas plus de 12 heures par semaine et apprenant à l’enfant comment utiliser les écrans. On bannit les écrans dans la chambre et pas avant de se coucher au risque de perturber leur sommeil. Les réseaux sociaux, ce n’est pas avant 12 ans.

Comment mettre en place des règles ?

A partir de 4 ans, les enfants peuvent avoir accès aux écrans, et le mieux est de ritualiser ces moments : à la même heure, chaque jour. En choisissant un programme qu’ils aiment. Les enfants aiment beaucoup les rituels, et cela sera plus facile pour délimiter un temps donné.

Pas d’écrans pendant les moments en famille : prenez l’habitude, en rentrant du travail, de ranger votre téléphone portable (à moins d’être chirurgien cardiaque, aucune urgence ne devrait justifier que vous soignez joignable à n’importe quel moment).

Prenez vos repas sans télévision et sans téléphone : la meilleure façon de motiver vos enfants est de leur montrer l’exemple.

Maîtriser le temps passé sur les écrans par les enfants plus grands : donner des horaires et un temps limité. Restez près d’eux, et s’en tenir aux règles établies. Pour les adolescents, vous pouvez définir un temps par semaine, 2 heures par exemple. Et demandez-lui d’apprendre à gérer ce temps, cela l’aidera à s’organiser et à faire des choix (console ou tél ou YouTube).

Bannir les smartphones de la chambre pour les adolescents. On peut décider de mettre une boite dans laquelle tout le monde dépose son téléphone en arrivant. Vous verrez, ce sera un bon moyen de motiver tout le monde à lâcher un peu son téléphone.

Pas de télévision dans les chambres, pour les enfants, mais aussi pour les parents 😉

Eviter le zapping : demander à voter enfant de choisir à l’avance le programme qu’il veut regarder et empêchez le de zapper d’une chaine à l’autre ou d’un site à l’autre.

Proposez des alternatives : vous pouvez même instaurer des rituels (les enfants adorent, et en gardent toujours un très bon souvenir) : soirée jeux de société le mardi, atelier cuisine le mercredi pour préparer le gâteau du goûter, balade en forêt tous les samedis, sortie au parc tous les dimanches, etc.

Intéressez-vous à ce que regardent vos adolescents : ils suivent souvent des vidéos sur YouTube. Prenez un moment pour leur demander quel You tubeur ils suivent. Et regardez quelques vidéos avec eux. Évitez de critiquer, mais demandez-leur ce qui leur plait. Vous pourrez ainsi en apprendre sur eux, et même être surpris. Et les moments d’écran deviendront des moments de partage.

Je sais que ces recommandations ne sont pas évidentes à mettre en place, mais peut-être pourriez-vous commencer par une action simple parmi celles recommandées. Puis avancez pas à pas. Vous pourriez être surpris d’y prendre goût et d’apprécier ces moments sans écran.

Voilà, ce ne sont que quelques idées.

J’attends vos partages d’expérience dans les commentaires. Racontez-moi votre expérience des écrans en famille, et dites-moi si vous mettez en place des alternatives, lesquelles vous ont plu, celles qui vous ont paru difficiles. J’attends vos commentaires.

Prenez soin de vous,

Etude 1

Prospective Associations Between Early Childhood Television Exposure and Academic, Psychosocial, and Physical Well-being by Middle Childhood Linda S. Pagani, PhD; Caroline Fitzpatrick, MA; Tracie A. Barnett, PhD; Eric Dubow, PhD

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