Enfant sage

Serein avec ses enfants : le mythe de l’enfant sage

Vous est-il arrivé de dire à votre enfant « sois sage », ou « si tu n’es pas sage, etc » ?

Pourtant avoir un enfant sage ne signifie pas qu’il est heureux et épanoui. Et nous allons voir pourquoi dans cet article.

Mon enfant reste tranquillement assis, c’est un enfant sage

De nombreux parents sont ravis quand leur enfant est capable de rester tranquillement assis et concentré sur ses devoirs. Ils se disent « tiens il est bien sage, et bien concentré ». A l’inverse, les parents qui ont des enfants très agités et qui bougent sans arrêt s’imaginent que celui-ci n’apprend rien.

Pourtant, ce n’est pas exact.

L’enfant qui ne bouge pas, qui ne s’agite jamais, ne va pas se développer de la même manière qu’un enfant qui bouge et s’agite.

Entre 2 et 6 ans, un enfant ne sait pas exprimer ses émotions par la parole. Il va donc les manifester corporellement : il remue, il saute, il trépigne. En grandissant, il va intérioriser ses émotions et les exprimera de façon différente : il pourra utiliser des mots ou des images.

Bouger, c’est aussi une façon pour l’enfant de relâcher les tensions : les sollicitations multiples auxquelles il est confronté l’amène à découvrir et à apprendre. Cela sollicite beaucoup son cerveau, attise sa curiosité. Bouger lui permet de relâcher toutes les tensions que cela génère en lui.

Le mouvement va aussi aider l’enfant à développer sa coordination. En répétant plusieurs fois des mouvements qui nous paraissent naturels, l’enfant développe sa motricité et sa connaissance du monde qui l’entoure.

Le mouvement lui permet de développer sa sociabilité : c’est son moyen de se rapprocher des autres, d’apprendre comment entrer en relation avec les humains qui l’entourent.

Comment augmenter malgré tout la concentration de son enfant ?

Pour permettre aux enfants de trouver des temps calmes dans la journée, ils doivent avoir trouvé dans leur journée l’occasion de libérer leurs tensions.  En pratiquant une activité physique adaptée. Pour cela un enfant a besoin de faire au moins 1h d’activité physique par jour.

Limiter les écrans :

Avant 2 ans, aucun écran pour les enfants (même celui du téléphone portable), et pas de télévision avant 3 ans.

Entre 2 et 5 ans c’est 1h maximum par jour, et 2h maximum pour les enfants entre 5 et 11 ans.

Les études sont maintenant de plus en plus nombreuses à montrer des impacts de l’exposition aux écrans :

  • Retards de langage,
  • Apprentissage plus difficile,
  • Manque de concentration, 

Et même stress pour les ados qui sont sur Facebook (1/4 d’entre eux seraient victimes de rumeurs ou d’insultes sur ce réseau social).

Apprendre de façon ludique :

Pour les enfants qui sont fâchés avec les devoirs, vous pouvez essayer de rendre plus ludiques les apprentissages :

  • Dessiner la leçon d’histoire ou de géographie plutôt que d’apprendre un texte par cœur.
  • Parcourir la maison en nommant les objets en anglais pour réviser la leçon de vocabulaire.
  • Devenir l’élève de votre enfant en lui demandant de vous expliquer la leçon de math, de grammaire. Il se met au tableau et il joue à l’instit. Cela va renforcer sa confiance en lui.
  • Faire une recette de cuisine ensemble : on prend les quantités pour deux et on fait la recette pour 6, par exemple. L’enfant apprendra ainsi la règle de 3, et va manipuler les maths sans s’en rendre compte.
  • Aller en forêt pour identifier les arbres, et les plantes, va l’amener à découvrir dans la réalité.

Savoir faire des pauses :

Faire des pauses est aussi indispensable que de bouger. Aujourd’hui, les enfants sont souvent sur sollicités, par les activités à l’école, mais aussi par les activités de loisirs, le sport, et ils ont perdu la capacité à ne rien faire si nécessaire pour reposer leur cerveau.

Vous trouverez surement des idées dans mon livre « Méditer avec ses enfants », paru aux Editions Jouvence. Mais voici un exercice que vous pouvez faire pour calmer le mental, et apprendre à votre enfant à ressentir l’agitation. Faites cet exercice avec votre enfant et partagez ensuite vos ressentis.

« Je suis une algue au fond de la mer » : vous pouvez écouter l’enregistrement, ou lire les instructions.


Debout, les pieds bien ancrés au sol, je m’imagine que je suis une algue au fond de la mer. Parfois la mer est calme, et parfois la mer s’agite beaucoup.

Quand la mer est calme, je bouge tout doucement, puis la mer s’agite, alors je m’agite aussi très fort, mais mes pieds ne bougent pas. Tout mon corps bouge au gré des flots qui s’agitent.

Puis le calme revient, la mer devient très calme, mais je suis dans l’eau, et l’eau bouge toujours un peu, alors peut être que je peux sentir des toutes petites vibrations dans mon corps

J’espère que trouverez cet exercice amusant.

Mon enfant est obéissant, c’est un enfant sage

Un enfant toujours obéissant est rarement un enfant heureux. L’enfant a besoin de s’opposer, de s’affirmer pour se construire. S’il obéit au doigt et à l’œil, il n’est pas « sage », il est docile, comme un petit animal bien dressé.

Il ne saura pas exprimer ses désirs, ses besoins, et plus tard, ses émotions.

Selon son âge il sera capable de comprendre des règles différentes, et la communication est la clef dans la relation.

Il peut obéir s’il connait les règles, et si celles-ci sont établies dans le respect mutuel des parents et de l’enfant.

Voici quelques conseils pour mettre en place des règles :

  • Assurez-vous qu’il vous écoute quand vous lui donnez la règle, regardez le quand vous lui parlez, et pas en faisant autre chose. Il saura que c’est important. D’ailleurs, c’est une bonne façon de pratiquer l’écoute consciente.
  • Lui faire répéter: demandez-lui de répéter ce qu’il a compris, et ajustez si nécessaire. Il vous posera peut-être des questions sur cette règle, expliquez lui en langage simple.
  • Donnez-lui le choix: tu dois faire tes devoirs, sois tu les fais avant d’aller jouer, soit après, mais il faut que ce soit fait. Quel moment tu préfères ? Et rappelez-lui son engagement, si vous constatez qu’il est captivé par son jeu. Définissez un temps pour le jeu, et indiquez lui quand le temps est presque terminé : « il te reste 5 minutes pour jouer ».
  • Etre ferme: il ne s’agit pas de lui dire « c’est comme ça et c’est pas autrement », mais ayez un ton ferme et déterminé. Les enfants sentent quand vous êtes prêt à céder. Evidemment, pour cela il faut que vous soyez ok avec les règles que vous définissez.
  • Soyez compréhensif: « je sais que tu adores ce jeu, et que c’est dur d’arrêter de faire ce qu’on aime, mais il y  a les devoirs à faire. »
  • Soyez constant: ne changez pas les règles selon votre humeur. Un jour il doit manger à table, le lendemain il peut manger sur le canapé. Sinon votre enfant ne comprendra plus rien. Bien sûr il peut y avoir des exceptions et des assouplissements. Mais alors, il faut l’expliquer : « Ce soir, tu auras le droit de manger sur le canapé, pour être avec nous et nos amis. Mais c’est juste ce soir. »
  • Ne fixez pas trop de règles: soyez souple, faites la part entre ce qui est important, et lâchez sur des choses qui ne comptent pas pour vous. Il est important que vous en parliez entre parents, pour vous mettre d’accord. Les règles sont là pour assurer son bien-être, sa sécurité, sa santé, pas pour en faire un bon petit soldat.

L’enfant sage, qui ne manifeste jamais des désirs ou des attentes, peut surtout être un enfant qui a renoncé. A force d’être menacé s’il n’est pas sage, s’il ne se tait pas, s’il n’arrête pas de réclamer, ou à force de ne pas être vraiment écouté, il s’interdit d’exprimer ce qu’il ressent, ce qu’il aime, ce qu’il désire.

Il finit par refouler ses émotions, ne les exprime pas. Il ne sait plus qui il est et se mure dans une attitude passive, soumise, inconsciemment. A l’âge adulte, il aura de grandes difficultés à exprimer ses émotions, il ne saura sans doute même pas les identifier.

Enfin, pour terminer, je voudrai vous suggérer de pratiquer une attitude de pleine conscience avec vos enfants, celle qui consiste à développer l’œil du débutant. Quoique vous sachiez sur votre enfant, quoique vous ayez partagé avec lui, essayez le plus régulièrement possible de le voir comme si c’était la première fois, en vous libérant de tous les jugements ou idées que vous avez pu vous faire à son sujet. Redécouvrez le chaque jour, sans vous dire : « il/elle est comme ceci ou comme cela ».

Et vous, vous avez été un enfant sage ? Vos réponses dans les commentaires 😉

Bonne pratique, prenez soin de vous,

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12 réflexions au sujet de « Serein avec ses enfants : le mythe de l’enfant sage »

  1. Pas facile de se positionner entre les deux extrêmes (hyperactivité et trop grande tranquillité)… J’ai des voisins avec de jeunes enfants, et je les entends souvent hurler : ça me glace le sang comme “méthode pédagogique” car je suis persuadé qu’avec de l’écoute, de l’échange il y a moyen de tempérer des ardeurs… enfin dans la majorité des cas ! je ne parle évidemment des troubles de santé que certains enfants peuvent avoir. Merci pour ce bel article en tous cas et merci pour tes conseils ! 😊

    1. Merci Nicolas pour ce témoignages. Pas facile avec des enfants qui sont très actifs. Et souvent les parents sont très démunis, faute de connaissances, et par des schémas éducatifs qu’ils ont reçus eux-mêmes.
      Et pas facile d’aborder le sujet en tant que voisins. On ne veut pas avoir l’impression de se mêler des choses intimes.
      Bon courage avec ces voisins.

  2. On pense souvent qu’un enfant qui obéit est un enfant qui a bien compris les consignes. En oubliant qu’il y a aussi le passage où il a le droit -et même de préférence l’obligation – de s’interroger sur la consigne ans suivre de façon automatique. Pas évident dans notre monde d’adulte où tout doit suivre en musique pour être dans les temps à tout moment. Avoir un enfant, c’est un (ré)apprentissage de la patience et de la notion du temps.

    1. Bonjour Wendy,
      Merci pour ton commentaire. Oui, il faudrait déjà qu’on soit patient avec nous-mêmes, ce qui n’est pas toujours le cas, haha.
      Et je suis d’accord avec toi pour les enfants. Ils nous enseignent beaucoup de choses, sur nous-mêmes, et sur la vie.
      Merci à toi,
      A bientôt,

  3. Merci pour cet article !

    Avec le confinement, on a dû faire école à la maison. Lorsque je voyais que ma grande commençait à avoir difficile à se concentrer, on faisait une pause pour bouger et prendre l’air.

    Ils ont besoin de bouger, de se défouler. ça ne veut en effet pas dire qu’ils ne sont pas sages.
    J’ai appris au fil des années à respecter ses besoins-là chez eux, même si ce n’est pas toujours facile… quand nous les parents, ne rêvent que de calme 😉

    1. Bonjour,
      Ah oui le confinement! Je pense que cela a fait grandir tous les parents ET tous les enfants. Chacun a du s’adapter pour vivre ensemble dans des conditions particulières.
      Et je vois que tu as suivi ton instinct, et tes observations, c’est super!
      C’est le meilleur des baromètre 😉
      Isabelle

  4. Merci pour cet article ô combien instructif ! Tous les parents devraient être mis au fait de cela, car ils sont encore trop nombreux à croire qu’un enfant sage est le signe qu’ils sont réussi l’éducation de leurs enfants. Personnellement, j’ai été une enfant sage, trop sage, voire sauvage et emmurée dans le silence. Et c’était une fierté pour ma mère qui pensait avoir réussi mon éducation. Et personne ne devinait que c’était un signe de maltraitance et de négligence et que c’était, parfois, le chaos à la maison.

    1. Bonjour Eva,
      Quel touchant témoignage. Et comme cela peut vraiment cacher de profondes blessures, ce silence, cette obéissance. Merci pour ce partage. Cela me touche beaucoup.
      Et comme je suis d’accord avec toi, pour le dire et le redire aux parents, avec bienveillance, bien sûr.
      Merci à toi, et à bientôt,
      Isabelle

  5. Bonjour Isabelle. Merci pour cet article de grande valeur. Un de mes fils est devenu insupportable à l’age de 6 ans : il n’obéissait à rien et était imperméable à toutes nos tentatives pour le raisonner. Puis un jour je me suis vraiment énervé et pour m’excuser, j’ai passé 2 heures à jouer avec lui. Je me suis entièrement consacré à lui, je lui ai offert un vrai créneau d’attention et son comportement à miraculeusement changé et s’est nettement amélioré. C’était vraiment étonnant car il était absolument insupportable!
    Ça m’a tellement marqué que j’en ai même fait un article ! http://efficacite-familiale.fr/occupez-vous-de-vos-enfants/

    1. Bonjour Nicolas,
      Merci pour ce témoignage touchant. Quelle belle découverte, et quel bel article sur ton blog, qui rentre dans la vif du sujet. Bravo pour cette mise en perspective.

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